Nenilava (Volahavana, Germaine), 1920 à
1998
Protestante Luthérienne;Madagascar
Madagascar connaît depuis plus d'une
centaine d'années quatre mouvements de réveil [1]
d'envergure nationale. Une des caractéristiques
fondamentales de ces mouvements est leur enracinement au sein des
églises, à l'origine dans le milieu protestant
luthérien puis ensuite dans les trois autres églises
existantes : protestante réformée, anglicane, et
catholique. Ces mouvements constituent, de par leur vocation, des
piliers dans les églises locales et, de leur
côté, les différentes autorités
ecclésiastiques acceptent leur existence.
Germaine Volahavana, encore appelée Nenilava, a donné
naissance au mouvement de réveil d'Ankaramalaza.
Volahavana était son nom de naissance. Son père
Malady, de la tribu Antaimoro, était de descendance royale.
À la fois roi (ampanjaka) et devin guérisseur
(ombiasa), il était renommé et respecté
dans sa région. La mère de Volahavana s'appelait
Vao. Ils habitaient à Mandrondra, canton de Lokomby et
district de Manakara. Volahavana, qui avait plusieurs sœurs
et frères, était la troisième parmi les quatre
sœurs.
Pendant toute son enfance, Volahavana grandit dans un milieu
païen, mais n'appréciait pas du tout les
activités de guérisseur de son père.
Quelquefois elle le dénigrait devant ses clients-- suscitant
sa colère--et lui disait qu'elle n'aimait pas ces dieux
qui avaient toujours besoin de quelqu'un pour les
interpréter. Aussi, disait-elle, est-ce que Dieu est
visible?
Elle voulait rencontrer le Dieu tout puissant, s'il existait. Elle
n'avait pas envie de jouer avec les autres enfants de son
âge, mais préférait rester seule pour maintenir
ce désir constant.
Vers l'âge de dix ans Dieu commença à se
révéler à Volahavana avant même qu'elle
soit chrétienne. Cela commença tout d'abord avec des
songes : un grand homme vêtu en blanc l'emmena tous les
soirs dans un grand bâtiment en pierre. Il lui lava les pieds
et les essuya avec une serviette, puis l'étendit sur un lit
et la berça jusqu'à ce qu'elle s'endorme. Puis
à l'aube, il la raccompagna chez ses parents. Dans un autre
songe elle se vit attrapée dans un filet et emportée
au ciel. Ces deux songes lui revinrent régulièrement
jusqu'à l'âge de douze ans.
Après, les songes cessèrent et elle entendait
constamment une voix qui appelait son nom vers le milieu du jour.
Elle courut chez ses parents pour voir si c'était eux qui
l'appelaient. Cela les fit rire et ils la prirent pour une folle !
Elle alla donc dehors pour trouver un refuge tranquille sous un
arbre dont elle nettoya les alentours et là elle passa son
temps à pleurer ou à penser à ce Dieu qu'elle
ne connaissait pas encore. Elle avait l'habitude de s'y rendre
quand elle avait l'âme en peine.
Quand elle avait quinze ans [2] on lui fit plusieurs offres de
mariage mais comme elle n'avait jamais songé au mariage,
elle refusa. Ses parents, confus par ses refus
répétés, l'envoyèrent habiter chez sa
sœur à Manakara. Elle n'y passa qu'une année,
préférant rentrer au village afin de ne pas
être tentée par la vie citadine.
Trouvant le comportement de leur fille différente des autres
enfants, Malady consulta son sikidy (oracle) et fut
bouleversé par la réponse. En effet, il
découvrit qu'un esprit supérieur, un Dieu
suprême, habitait sa fille : c'était elle,
Volahavana, qui était la reine et lui, son père,
l'esclave--ce qui lui semblait complètement illogique. Il
fut convaincu que le Dieu de Volahavana était le Dieu juste
et suprême, supérieur aux autres dieux.
Dorénavant, Malady abandonna ses idoles et ordonna à
sa famille d'obéir au Dieu de Volahavana. Il
prophétisa aussi que deux ans après le début
du ministère de Volahavana, il mourrait--une
prophétie qui s'accomplit quelques années plus tard.
Las de ses refus continus aux demandes en mariage, ses parents
contraignirent Volahavana à épouser Mosesy Tsirefo,
un catéchiste de soixante-et-un ans, veuf et père de
plusieurs enfants de sa première épouse. Volahavana
dut suivre les cours de catéchisme avant de recevoir le
baptême nécessaire pour son mariage religieux. Deux
semaines lui suffirent pour apprendre convenablement les
leçons du catéchisme. Elle fut baptisée en
1935 à Lokomby par le pasteur Ramasivelo, prenant Germaine
comme nom de baptême. Après que son mariage avec
Mosesy Tsirefo reçut la bénédiction de
l'église, ils partirent s'installer à Ankaramalaza
[3] où son mari continuait à l'instruire sur ce la
religion chrétienne. Il fut aussi aidé par les
pasteurs Rakotovao et Bernard Radafy.
Dieu appela Volahavana à son service quand elle était
âgée de vingt ans. Une des filles de Mosesy Tsirefo
était malade, possédée par un esprit
maléfique. Le catéchiste Petera de Vohidrafy
était présent ét essayait de l'exorciser.
Volahavana s'affairait à allumer le feu pour la cuisson
quand, soudain, une voix lui commanda instamment de se lever et
d'agir sur l'enfant. Quand elle hésita, une force
invisible la bouscula et la plaça face à la jeune
fille qu'elle étreignit avec ses bras. Volahavana lutta
pendant longtemps avec elle, et finalement l'esprit
maléfique qui était dans la jeune fille dit : "Nous
allons partir, car Celui qui est plus puissant que nous arrive." Et
le miracle eut lieu : la jeune fille fut guérie et retrouva
ses esprits.
Ce miracle eut lieu le mercredi 1er août 1941. La nuit du
mercredi au jeudi 2 août 1941[4], Jésus dit aux trois
personnes présentes pendant la guérison, Volahavana,
Mosesy Tsirefo et Petera de Vohidrafy : "Levez-vous, prêchez
la Bonne Nouvelle à toute la création. Chassez les
démons. Engagez-vous…et ne repoussez pas le temps.
L'heure est venue où le Fils de l'homme doit être
glorifié parmi les tribus de Matitanana et d'Ambohibe. Je
vous ai choisis pour cette mission. Je vous ordonne de
l'accomplir."
Les deux catéchistes acceptèrent facilement, mais
Volahavana refusa, en disant qu'elle était encore jeune,
qu'elle ignorait les Écritures Saintes et ne pouvait
trouver des mots justes pour prêcher. Cependant Jésus
persista en lui disant : "Lève-toi et annonce partout la
Bonne Nouvelle." Elle se soumit mais fit un marché avec
Jésus, demandant qu'Il lui donne à l'avance ce
qu'elle devait dire. Jésus y consentit.
Le catéchiste Petera de Vohidravy avait déjà
commencé sa mission d'évangéliste quand
Volahavana se joignit à son travail. Des individus du groupe
de Petera la jalousaient et lui donnèrent le surnom moqueur
Nenilava, qui signifie littéralement "mère
grande," pour la ridiculiser pour sa stature physique relativement
haute--taille assez rare chez une femme malgache. Volahavana tint
bon, sans répliquer, mais elle pria ainsi : "Jésus,
je suis prête à accepter ce surnom de Nenilava, mais
que par ce nom ta puissance soit proclamée à travers
le monde."
Son vœu fut exaucé car on la connaissait partout par
ce nom à travers sa mission et les miracles qui
l'accompagnaient. Beaucoup de gens ne la connaissaient que par ce
nom.
Pour sa formation, Jésus n'oublia pas sa promesse et lui
accorda le don de parler en langues puis lui apprit les Saintes
Écritures. Nenilava passa trois mois pour apprendre comment
parler les langues qu'elle utiliserait ultérieurement pour
apprendre les Saintes Écritures. C'était
Jésus lui-même qui l'enseignait. Il lui apprit
d'abord les douze principales langues parlées dans le
monde. Il les utilisa ensuite pour converser avec elle. En dehors
de cela, elle parlait couramment chacune de ces langues.
Nenilava employait seulement son don de langues pour parler avec
Jésus, mais pas comme base de son enseignement. Au
début de son ministère, elle parlait souvent avec
Jésus en langues, mais plus tard, elle Lui demanda de ne pas
utiliser ce don quand elle se trouvait devant des gens, de peur que
des gens mal intentionnés en profitent pour l'imiter ou
l'utiliser à d'autres fins.
Pour l'enseigner, Jésus utilisait un tableau blanc et
écrivait avec des écritures qui étaient
blanches aussi. Il écrivait du haut vers le bas (comme font
les chinois). Les cours se passaient dans un endroit tranquille,
soit à la maison ou dans la forêt, le tableau
accroché au mur ou pendu entre les branches. Parfois
Jésus utilisait un grand livre avec des pages très
fines sur lesquelles Il écrivait avec des écritures
blanches. Pour pouvoir les lire, Nenilava s'agenouillait et
s'abaissait jusque sur le sol. Dans ses cours, Jésus lui
soufflait les mots à l'oreille. Quand Mosesy Tsirefo la
voyait ainsi agenouillée à la maison, il a croyait en
prière.
Pour l'apprentissage des Saintes Écritures, Jésus la
fit monter sept fois au ciel en l'espace de trois jours. D'abord
Jésus lui annonça qu'elle allait mourir le vendredi
à onze heures. Dès lors, on prévint les
fidèles des paroisses du district. Tous ceux qui
étaient disponibles arrivèrent--même les
paroisses éloignées envoyèrent des
représentants. Le pasteur Rajaona Salema y était
présent aussi. Lectures bibliques et prières se
succédaient.
Nenilava se coucha sur un lit drapé de blanc en attendant le
moment prévu. On couvrit son corps d'un drap blanc à
l'exception de son visage qu'on laissa à découvert.
L'ascension de son âme se fit doucement. Les gens
présents entouraient son lit, continuant jour et nuit
à prier et à chanter pendant trois jours, en
attendant son retour. Trouvant le temps long, les parents
découragés pensaient qu'elle ne reviendrait plus,
mais les chrétiens présents jeûnèrent
jusqu'à son retour.
Les trois jours écoulés, Nenilava revint le dimanche
à huit heures. Une fois descendue du lit, elle prêcha
la parole de Dieu en I Corinthiens 15 v. 55 qui dit : "O mort,
où est ta victoire ? O mort, où est ton aiguillon ?".
Jésus lui avait appris les quatre évangiles.
Jésus annonça ensuite à Nenilava qu'elle
devait livrer bataille avec le dragon afin de l'aguerrir car sa
mission ne serait d'aucun répit. Ce combat mortel dura
trois jours successifs et Jésus se trouvait toujours
à ses côtés. Au troisième jour du
combat, elle vaincut la bête, au nom de Jésus.
Après cette victoire, elle jeuna pendant deux mois et demi,
en mangeant seulement des petites boules blanches qui ressemblaient
à l'hostie de la Cène.
Au début de sa mission, elle avait vingt-deux jeunes gens
qui travaillaient avec elle à Ankaramalaza. Elle
commença sa campagne d'évangélisation dans sa
région, du côté de Manakara et de Vohipeno. Son
mari, le catéchiste Mosesy Tsirefo, travailla avec elle
jusqu'à sa mort en 1949. Par la suite, Nenilava sortit de
sa région, invités par les églises, tout
d'abord à Antsirabe--où se trouvait le siège
central des œuvres des missionnaires luthériens
norvégiens à Madagascar--et ses alentours. Puis elle
monta en Imerina, dans la capitale d'Antananarivo et ses
périphéries. De là, elle partit
répondre aux nombreuses invitations dans plusieurs autres
régions--Tamatave, Majunga, et même jusqu'aux
îles Comores. En 1973 elle partit aussi à
l'étranger à l'invitation de plusieurs
églises, accompagnée de Mme. Razanamiadana,
bergère-évangéliste. Au cours de ces visites
elle eut l'occasion d'apporter son témoignage à la
parole de Dieu devant diverses assistances.
Accompagnée de ses amis collaborateurs, Nenilava avait comme
habitude de travailler avec les pasteurs et les églises.
Là où elle se trouvait, des gens venaient de partout
pour prier, se faire soigner ou être exorcisé et
d'autres emmenaient leurs malades. Des miracles se produisirent :
les aveugles recouvraient la vue, les malades guérissaient,
et même des problèmes personnels ou familiaux
étaient résolus. Son principe était le
même, partout où elle allait: prière,
prédication de la bonne nouvelle, exorcisme (asa) et
imposition des mains accompagnée de paroles de fortification
et de réconfort (fampaherezana) tirées de
versets bibliques.
En 1973 quand le roi de Norvège lui demanda de
décrire son travail, elle lui répondit : "Je
prêche l'évangile, soigne les aliénés
mentaux, éduque les jeunes délinquants,
élève les nourrissons et les vieillards" (traduction
libre).
Ainsi le Toby Ankaramalaza (centre de réveil
d'Ankaramalaza) se transforma progressivement en un centre
d'accueil. La plupart des gens, après leur guérison
physique ou morale à Ankaramalaza, s'y installaient car ils
ne voulaient plus rentrer chez eux. Le centre se dota petit
à petit d'une école pour les enfants, puis d'un
dispensaire. L'eau potable avec l'installation de bornes
fontaines (sur le bord de la route) et l'électricité
vinrent plus tard. La cathédrale que Nenilava rêvait
d'y construire sur le modèle de celle qu'elle avait vue en
Norvège y fut bâtie aussi.
Des annexes du Toby Ankaramalaza se formèrent un peu partout
dans l'île comme celui à Ambohibao, dans la capitale,
dans les années 1980, et en France dans le village de Pouru
St. Rémy, situé prés de
Charleville-Mezières, dans les années 1990.
A partir de 1975, ses tournées s'estompèrent peu
à peu. Elle s'installa la plupart de l'année dans
sa résidence construite dans le centre de réveil
d'Ambohibao.
Par le ministère de Nenilava--qu'ils soient malgaches,
européens ou africains--beaucoup reçurent
Jésus et furent délivrés de l'emprise du
péché et de l'esclavage du diable pour
connaître une vie nouvelle et la paix à la
lumière du Saint Esprit. D'elle-même Nenilava ne se
proclama jamais prophétesse, mais ses actes et ses paroles
de vérité ont attesté de son don.
Nenilava avait des enfants adoptifs qu'elle recevait de leurs
parents biologiques après des vœux exaucés que
ceux-ci avaient faits à Dieu. Elle se préoccupait non
seulement de leur éducation spirituelle mais, comme tous les
parents, elle se souciait aussi de leur instruction afin de les
parfaire à tous les niveaux. Elle avait aussi partout dans
l'île, ainsi qu'à l'extérieur, des enfants
spirituels qui s'attachaient à elle et qu'elle aimait et
portait en prière.
Les vœux d'enfance de Nenilava furent exaucés : elle
put rencontrer ce Dieu Tout Puissant qu'elle désirait tant
et faire connaître sa puissance à travers sa mission.
Son désir de monter aux cieux fut réalisé.
Elle mourut en 1998 dans sa résidence au centre de
réveil à Ambohibao-Antananarivo et son corps fut
transporté et enterré dans son village natal, dans
l'enceinte du Toby Ankaramalaza. Comme une mère remplie
d'amour, elle avait donné un bon exemple et laissa à
ses enfants et à ses collaborateurs, la tâche de
continuer, dans la foi et l'amour du prochain,
l'évangélisation et les œuvres de bienfaisance
qu'elle avait commencées. [5]
Berthe Raminosoa Rasoanalimanga
www.dacb
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