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Le grand malaise des protestants
malgaches (24/03/2009)
La récent départ du pouvoir du président
malgache Marc Ravalomanana doit certes beaucoup à une
gestion hasardeuse du pays. Mais, au delà d'accusations de
corruption et de volonté de museler l'opposition, il y a,
en toile de fond, des jeux subtils de compétition entre les
grandes religions du pays. Les protestants qui avaient beaucoup
soutenu le président chassé se trouvent aujourd'hui
dans une situation difficile.
« Nous devions pastoralement assumer autrement nos positions.
Notre église a dû s'excuser devant le peuple.
Jusqu'au dernier moment le président de l'Eglise de
Jésus Christ (l'église réformée), Lala
Haja Rasendranasina a soutenu Marc Ravalomanana. »
De passage en Suisse Andrianjatovo Rakotoharintsifa, pasteur d'une
paroisse de la capitale malgache, Antananarive, et membre du
Conseil National de l'Eglise Réformée (FJKM) a
livré à ses interlocuteurs la grande amertume que lui
laisse l'attitude des autorités protestantes dans les
soubresauts politiques actuels.
C'est un signe d'autant plus intéressant que celles-ci
sont puissantes dans la Grande Ile où elles
fédèrent environ 18% de la population, à peu
près autant que les catholiques, une bonne majorité
de la population étant animiste et les musulmans
revendiquant environ 7% des habitants.
Des religions très impliquées
Depuis la dictature de Didier Ratsiraka, (1975-1993, puis
1997-2002), les religions se sont trouvées en situation
délicate. Faute d'autres forces autorisées sur la
scène publique, elles ont longtemps incarné la seule
opposition à travers leur organe commun, le conseil
chrétien des églises. Celui-ci regroupe catholiques,
réformés, luthériens et anglicans.
Lors des deux mouvements qui ont chassé Didier Ratsiraka,
«l'amiral rouge », du pouvoir en 1991-1993, puis
2001-2002, chaque fois ce sont les Eglises qui ont mis en place un
organe de transition, appelée « La haute
autorité de l'Etat ». « Mais, les Eglises se
sont fait piéger, estime Andrianjatovo Rakotoharintsifa.
Les églises ont imposé d'avoir des membres de droit
dans cette haute autorité et ont contribué à
la rédaction de la Constitution. Elles sont clairement
devenues un acteur politique et sont sorties de leur rôle.
»
S'agissant des protestants, en 2001-2002, lors du départ
définitif de Didier Ratsiraka et de la candidature de Marc
Ravalomanana, il y a eu chez eux un enthousiasme que le pasteur
estime « plein de naïveté ». Et de
détailler : « Lorsqu'il est arrivé au pouvoir,
il n'avait pas de parti. Ses agents de propagande étaient
les pasteurs, les diacres. »
C'était la première fois qu'il y avait un
président protestant, à l'exception d'un militaire
qui avait été assassiné au bout de huit jours,
ce qui montre la réticence qu'il y a longtemps eu à
donner le pouvoir à un protestant.
Une église
instrumentalisée
Marc Ravalomanana n'a jamais caché son appartenance
religieuse. Il en a usé au contraire. C'était aussi
un moyen de se distancer de la France qui traînait sa
réputation d'ancien colonisateur.
Pour tout le monde, à Madagascar, être Français
c'est être catholique. Le président de la
République sortant a donc joué un jeu. Il n'a par
exemple jamais reçu l'ancien ambassadeur de France qui,
dépité, a demandé à être
rappelé à Paris.
Marc Ravalomanana est ostensiblement resté
vice-président de l'Eglise réformée. «
Dans les synodes, observe Andrianjatovo Rakotoharintsifa, il
demandait à ce qu'on mette en place des hommes qui le
soutiendraient. »
Les catholiques, eux, ont certes d'abord été
prisonniers de ce jeu complexe comme membres depuis toujours du
conseil chrétien des Eglises. Par ailleurs, jusqu'en 2007,
le cardinal d'Antananarive était issu de la même
région que Marc Ravalomanana. D'où des
solidarités d'une toute autre nature. Mais, depuis 2007, un
nouveau titulaire est en place qui a pris de nettes distances.
Le jeu continue
Toutes les spéculations portent désormais sur
l'influence des religions sur le nouvel homme fort, Andry
Rajoelina, d'origine catholique. Dans les soubresauts de sa prise
du pouvoir, les églises ont joué une fois un
rôle d'arbitre.
Si son prédécesseur était ouvertement hostile
à la France, Andry Rajoelina se montre plus ouvert, mais
reste prudent. Le gouvernement français a condamné
les conditions de son accession au pouvoir.
Et puis, dans cet écheveau complexe, Andrianjatovo
Rakotoharintsifa relève que « beaucoup de membres de
son entourage sont protestants, parfois même membres des
instances dirigeantes de l'Eglise réformée. De
surcroît, des liens privés le rattachent avec le
président de celle-ci. ».
(ProtestInfo/Jacques Mouriquand)
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