Pendant les travaux le magasin reste
ouvert ! Pendant la crise, la Française des
jeux (fdjeux) redouble d’ardeur publicitaire !
Cette publicité sans vergogne peut faire office de parabole.
Personne ne dénonce cet encouragement, bientôt
« républicain », à jouer. La
bénédiction des pouvoirs publics est acquise puisque
ça rapporte gros, c’est sûr. Si
personne ne proteste c’est peut-être parce que chacun
sait que si ces jeux n’existaient pas il faudrait payer
davantage d’impôts, et puis enfin personne n’est
obligé de jouer. Toutes ces excuses énoncées,
il est évident que ce sont les plus démunis qui
jouent et se démunissent donc un peu plus.
L’incitation à gratter, à tirer, à
cocher, à jouer en ligne pose donc question au citoyen que
je suis. N’y a-t-il pas là, ce qu’on appelle par
ailleurs, abus sur des personnes en situation de faiblesse ?
Le simple fait que la fdjeux avertisse
« restez maître du jeu »,
« fixez-vous des limites », indique
bien que ma suspicion n’est pas gratuite, si j’ose
dire.
Les incitations pressantes aux crédits faciles (revolving)
mettent elles aussi en danger les plus faibles et les plus
démunis abusés par des offres qui sont tout sauf des
facilités et des cadeaux.
Seuls certains financiers peuvent jouer gagnant, ce qui ne signifie
pas sans perte… Et les yoyos de la Bourse en crise semblent
montrer qu’ils continuent à jouer…
En avançant un peu plus loin pour entrer
en terre chrétienne, il ne me semble pas
exagéré de parler d’escroquerie à
l’espérance. Sans remonter au jardin
d’Éden, où il y a déjà eu,
semble-t-il, abus de confiance, Jésus met bien en garde
contre un maître puissant et séducteur qu’il
dénonce, Mammon. L’argent est bien l’idole qui
fait rêver et qui tient en esclavage, qu’on en
possède peu ou beaucoup. Fallait-il entrer dans la crise
financière que nous connaissons pour prendre conscience de
la démesure des inégalités, du leurre de la
technicité, de l’injustice dans le traitement des
hommes, de l’irresponsabilité de certains acteurs
économiques et des politiques à courtes vues ?
Derrière le marché et ses lois prétendument
intouchables, ne savions-nous pas qu’il y avait des hommes
cupides, sans foi ni loi ?
Le plus surprenant c’est que les
remèdes proposés pour sortir de la crise ne remettent
pas en cause ce qui l’a provoquée, puisqu’on
nous exhorte à jouer, à consommer plus, en nous
berçant du refrain « ça va
s’arranger… bientôt ! » Mais
sommes-nous vraiment persuadés, d’une part que
consommer toujours plus c’est le bonheur, ensuite que notre
planète peut le supporter et enfin que cela est bien moral
au regard des plus pauvres ?
Si les politiques n’osent pas dire qu’il nous faut
changer de train de vie, abandonner le toujours plus, accepter de
partager, les chrétiens ont de bonnes raisons pour le
proclamer. Oui, il faut changer de vie, travailler sur le
désir qui nous met en marche… tâche
éminemment spirituelle. À l’approche de
Noël, quand revient la déferlante des incitations
à la consommation, essayons, à notre mesure,
d’être simples, sobres et… joyeux, en reprenant
cette question essentielle : où est notre
espérance ?
Claude Baty,
président de la Fédération protestante de
France
Décembre 2008 sur protestants.org