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Danger pour la stabilité de la société |
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pasitera
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Le mot « adultère » évoque
aujourd’hui une transgression d’ordre sexuel : une
personne mariée trompe son conjoint pour coucher avec
quelqu’un d’autre. Pour l’auteur du
Décalogue , comme d’ailleurs pour l’ensemble des
textes bibliques qui utilisent le verbe « commettre un
adultère », la signification est différente. Il
ne s’agit pas d’un cas de morale sexuelle,
l’interdit vise d’abord un délit de
propriété. Le commandement s’adresse à
un homme à qui on défend de coucher avec la femme ou
la fiancée d’un autre homme. Un homme marié est
le ba’al, le maître ou le propriétaire de son
épouse ou de ses épouses. Si un autre homme couche
avec une femme mariée, il s’accapare ce qui appartient
à quelqu’un d’autre ; si, par contre, un homme
marié fréquente une prostituée, il n’est
nullement considéré comme adultère.
Dans cette perspective, un homme ne peut être adultère
qu’en ayant un rapport sexuel avec une femme appartenant
à un autre homme, il n’est jamais adultère en
ce qui concerne son couple. Une femme par contre est
considérée comme adultère vis-à-vis de
son mari, si elle accepte de coucher avec un autre homme,
marié ou non. Pour les auteurs bibliques, comme
d’ailleurs pour les rédacteurs des grands codes
législatifs de la Mésopotamie,
l’adultère est une mise en danger de la
stabilité de la société, c’est pourquoi
il est, théoriquement au moins, sanctionné par la
peine de mort. Ainsi, le livre du Deutéronome stipule :
« Si l’on prend sur le fait un homme couchant avec une
femme mariée, ils mourront tous les deux, l’homme qui
a couché avec la femme, et la femme elle-même »
(22,22).
Le Décalogue souligne la responsabilité du
mâle dans des affaires d’adultère
On trouve des prescriptions similaires
dans des lois assyriennes et babyloniennes, comme le code
d’Hammourabi : « Si l’épouse d’un
homme est appréhendée couchant avec un autre
mâle, on les ligotera et on les jettera à l’eau.
Si le maître de l’épouse laisse vivre son
épouse, alors le roi laissera vivre son serviteur
(c’est-à-dire l’amant de la femme) »
(§ 129,42-53). Alors que pour les Assyriens et les Babyloniens
le mari n’est jamais coupable
d’infidélité conjugale et peut tout au plus
être le complice d’une liaison adultérine, le
Décalogue s’adresse exclusivement à
l’homme en lui interdisant de toucher à la femme
d’un autre homme libre. Contrairement à l’image
de la femme séductrice qui est également
présente dans la littérature biblique (par exemple la
femme de Putiphar qui tente de coucher avec le jeune Joseph, ou les
mises en garde contre les femmes tentatrices dans le livre des
Proverbes), le Décalogue souligne la responsabilité
du mâle dans des affaires d’adultère.
La peur des hommes du Proche-Orient ancien d’être
victimes d’un adultère s’explique aussi par
l’importance de la descendance qui était une
préoccupation centrale. Il fallait s’assurer à
tout prix que les enfants d’une femme étaient ceux de
son époux afin de garantir la continuité d’une
famille ou d’un clan. Pour contourner cette angoisse, le
judaïsme a, plus tard, changé la donne, en adoptant
l’idée de la matrilinéarité. De
même, dans les premiers siècles de notre ère,
les rabbins, comme certains auteurs du Nouveau Testament, ont
réinterprété le commandement du
Décalogue en lui donnant un sens plus large qui est celui
qui prévaut aujourd’hui.
Thomas Römer, Collège de
France, Université de Lausanne, Suisse
http://www.la-croix.com du 11/08/08
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