Le riz est un élément essentiel de la culture malgache. « Misy vary », « il y a du riz », peut-on voir, inscrit à la craie, sur les planches de la plupart des hotely malgaches. C’est là le plus important; pour le reste, on trouvera toujours un petit bouillon de brèdes (feuilles vertes d’une petite plante donnant du goût) ou plus rarement un maigre morceau de poulet en accompagnement. A notre retour en France, nous regretterons d’ailleurs le riz rouge de la région (non débarrassé de son enveloppe rougeâtre), la variété la plus appréciée ici et réputée être une des plus savoureuses au monde.
Le prix du Kapoka de riz (vous vous souvenez, la petite conserve de lait concentré !) est le reflet de la stabilité du pays : pour savoir si l’économie se porte bien, il suffit de demander combien coûte un Kapoka de riz. Imaginez donc la situation, qui dure depuis le mois de décembre, avec le Kapoka en augmentation de 40% !
Avec environ 120 kg par habitant et par an, Madagascar est un des plus gros consommateurs de riz. La totalité des récoltes réunies ne suffit pas à couvrir les besoins du pays. En-dessous du rendement africain moyen, Madagascar se heurte aux difficultés soulevées par la sous-mécanisation. Pour réduire la terre en boue avant les semis, les cultivateurs les plus fortunés utilisent leurs zébus pour piétiner leur parcelle… les autres n’ont que leur angady, une petite bêche au fer étroit. Cela fait de magnifiques photos mais que de travail pour un rendement vraiment approximatif ! La taille des « exploitations » est aussi une difficulté. Il y a en effet très peu de grands exploitants, la plupart des parcelles sont petites, voire parfois vraiment minuscules ! A cela s’ajoutent les cyclones et autres tempêtes qui peuvent, en quelques heures, réduire à néant plusieurs mois de travail.
Chaque année, dans les campagnes, les gens vivent dans l’angoisse de l’inévitable période de « soudure » (qui correspond au temps qui s’écoule entre l’épuisement des stocks de la récolte précédente et la nouvelle moisson), souvent synonyme de disette. La récolte de l’an dernier ayant été très mauvaise en raison du passage de Gafilo, les Malgaches reprochent au gouvernement de ne pas avoir anticipé le problème en important plus tôt du riz. Ainsi, à Mananjary, la plus grande partie des réserves est épuisée depuis le mois de décembre. Mis à part quelques commerçants chinois qui vendent leurs Kapoka à prix d’or, le riz importé de Thaïlande n’est arrivé qu’à la fin du mois de janvier. Ces mois, qui, en France, sont traditionnellement joyeux, synonymes de fêtes, de chants et de bons repas familiaux, sont ici toujours difficiles. Les longues files d’attente ne se font pas devant des vitrines pleines de cadeaux mais devant les seuls magasins possédant encore quelques kilos de riz. Les visages inquiets des mamans se demandant comment nourrir leurs enfants à midi ou le défilé de mendiants à l’évêché nous rappellent que ces jours de Noël et de Nouvel An n’échappent pas aux préoccupations quotidiennes. A l’école, Sylvie ne peut ignorer les fréquents bâillements et les difficultés de concentration de ces enfants aux petits ventres vides.
Heureusement, sur la côte Est, la nature est généreuse et les arbres et la mer offrent tout au long de l’année des fruits et du poisson … Mais peut-on concevoir un repas sans riz quand on est malgache ? Cette question se heurte au poids de la culture. Un repas malgache, c’est du riz avant tout ! Manger du manioc ou des haricots coupe votre faim mais ne nourrit pas : vous restez avec un goût amer et l’impression de ne toujours pas avoir pris de repas. C’est très difficile à comprendre pour nous, occidentaux.
La période de soudure se reproduit chaque année et dure plus ou moins longtemps. En général, elle se termine en avril avec les premières récoltes.
Sylvie et Guillaume LEENHARDT,
volontaires MEP longue durée à Mananjary
de http://mission.mepasie.net/volontariat/temoignages.php?id=190