Un homme amène son enfant à Jésus
…Cet enfant est tourmenté par des esprits mauvais,
par un esprit muet.
Autrement dit, il est prisonnier en lui-même, il a le mal de
vivre, il n’arrive pas à poser une parole sur sa
propre vie, il ne peut pas dire
« je ».
Toute la description de cet enfant, ou plutôt de sa
maladie, nous montre la violence et l’absence de parole.
N’est-ce pas cela qui conduit beaucoup de jeunes en
prison ?
Lorsqu’il n’y a pas de parole possible au sein de la
famille ou de la société, lorsque la seule
manière d’exprimer sa souffrance et sa révolte
devient un geste violent, parfois fatal…
Cet enfant a donc besoin d’une véritable
libération ; et c’est cela la
guérison : la libération de toutes ces choses de
la vie qui font souffrir, que l’on ne peut pas dire, et qui
empêchent de vivre !
Que fait Jésus ? On attend de lui qu’il
guérisse l’enfant, sur le champ ! Mais
voilà que Jésus s’adresse tout d’abord au
père de l’enfant. A-t-il vraiment besoin de savoir
depuis combien d’années l’enfant est
malade ?
Non, bien sûr, mais Jésus sait qu’au-delà
de la maladie de l’enfant, il y a bien d’autres
chaînes, invisibles, qui enferment le père et le
fils…
Jésus parle donc à ce père qui est
incapable de dire « je ». Ce père qui
pense que la guérison de son fils fera aussi sa
guérison à lui : aie pitié de
nous et viens à notre secours !
Il ne se remet pas en cause, il souhaite une action miraculeuse de
la part de Jésus. Il demande de l’aide pour la
guérison de son fils, mais c’est lui qui a besoin
d’être guéri !
Jésus fait alors prendre conscience à cet homme
que son problème c’est lui-même, que le
changement qu’il demande ne se fera pas par un acte
extérieur. Mais il faut d’abord qu’il se remette
lui-même en cause. C’est par un changement
intérieur, en demandant à Dieu son Esprit-Saint,
qu’il pourra changer sa vie en profondeur.
Le père change sa prière, et il parle enfin en
« je » : Je crois,
aide-moi, car j’ai de la peine à
croire ! Il ne prie plus pour son fils, mais il demande
de l’aide pour lui-même, pour pouvoir grandir dans la
foi.
Le père n’était-il pas lui-même
enfermé dans sa vie, prisonnier et muet, et cela
déteignait sur toute sa famille, sur son fils en
particulier ? Leur vie alors paraissait sans avenir.
Lorsque l’on met des jeunes en prison, n’est-ce pas
souvent rajouter un enfermement à tous leurs
enfermements ? Quand ils sortiront, ne seront-ils pas encore
plus muets qu’avant, avec le seul poing de la violence comme
moyen d’expression ?
Ne serait-il pas possible que la parole puisse naître pour
eux, pour leurs parents, pour leur famille… ?
Maintenant que la parole est advenue, que le père a
retrouvé une identité, que la loi du silence a
été brisée, Jésus peut s’occuper
de l’enfant…
Jésus guérit l’enfant ! Il chasse le
mal qui est à l’intérieur de lui, en
disant : sors de cet enfant et ne revient plus
jamais ! Ainsi, il ne fait pas disparaître le mal
en le détruisant totalement, mais il sépare le mal de
l’enfant. Jésus distingue l’enfant du mal qui
l’habite…
Il est fréquent de penser que notre identité
dépend des choses extérieures : de nos
réussites, de nos échecs, de notre travail, de notre
famille.
Trop souvent, nous classons les gens dans des catégories,
nous les enfermons dans des préjugés. Les enfants qui
ont des parents étrangers, au chômage ou
délinquant, ne sont-ils pas déjà
classés « coupables » avant même
d’avoir commis un acte punissable ?
Un jeune qui commet un délit n’aura-t-il pas une
étiquette « délinquant » qui
risque de lui coller à la peau ? Cela le rend muet,
aliéné, il n’a plus droit à la parole,
il devient passif, il risque de ne plus être un
sujet…
Alors aujourd’hui Jésus lui dit :
« tu n’es pas un délinquant, mais
tu es quelqu’un qui a fait un acte de
délinquance à un moment donné
».
Jésus chasse le démon, c’est-à-dire
qu’il fait comprendre à l’enfant qui il est,
lui, lui seul, sans le mal qui le ronge, sans toutes ces
chaînes extérieures qui l’emprisonnent et qui
l’empêchent d’être
lui-même.
Mais cette prise de conscience est violente. Il est difficile
d’imaginer que sa vie a un sens une fois que l’on est
débarrassé toutes ces possessions (passé,
famille,…). C’est comme un grand vide. Sur quoi
bâtir sa vie maintenant ?
Alors doucement Jésus prend la main de l’enfant et
le relève, après l’avoir libéré
de toutes ses chaînes. Et il ne remplace pas une possession
par une autre, il ne redonne pas l’enfant à son
père.Jésus n’émet aucun jugement, il ne
donne pas non plus de « recette » pour vivre
heureux.Jésus relève, il rend libre, il appelle
à une vie autonome, une vie en Christ qui seul peut
libérer et ressusciter…
Pour beaucoup de jeunes, leur vie n’a pas de sens, elle
est comme morte. Ils ont besoin de quelqu’un qui les regarde
comme sujet, avec amour… Ils ont besoin d’une parole
et d’un geste qui les libère de leur passé et
de toutes possessions extérieures…
Jésus est celui qui vient chasser ce qui est muet, chasser
toutes ces apparences extérieures et trompeuses, pour faire
place à la parole qui donne vie, qui redonne sens à
la vie, une vie fondée en Christ et tournée vers
l’à-venir…
Jésus ne peut pas changer nos vies extérieurement,
mais il peut nous transformer de
l’intérieur !
Amen !
pasteur Marianne Guéroult
http://www.protestants.org