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Vaovao
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pasitera
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Seuls, en couple, en famille, les fidèles affluent.
Plus d’un millier, comme chaque semaine. Tous les mardis
soir, la Porte ouverte chrétienne (Poc) de Mulhouse tient sa
réunion de prière. Le lieu, d’abord. Il
crée une vraie surprise. A Bourztwiller, un quartier
où vit une population d’émigrés, un
ancien supermarché a été transformé en
lieu de culte. Une immense croix a été posée
sur le bâtiment, sorte de cube comme on en voit beaucoup dans
les zones commerciales, à l’entrée des villes.
Devant, un vaste parking. Il n’est pas rare que les
fidèles de la Poc viennent de loin.
La réunion de prière commence par un long moment de
louange, mené par Samuel Peterschmitt, le fils du fondateur.
En costume et cravate, armé d’un micro, il arpente la
scène-estrade, occupée par un groupe de choristes et
un orchestre. « Samy », comme on l’appelle
familièrement, a un don indéniable d’animateur.
Il entonne quelques vieux gospels, établit une
complicité avec l’assemblée, lance des
boutades, raconte une ou deux anecdotes intimes. Très vite,
la salle, résolument pentecôtiste,
s’enthousiasme, se met à parler en langues. Puis les
Peterschmitt, père et fils, révèlent des
« paroles de connaissances » – dans les
mouvements pentecôtistes, il s’agit de visions
privées réputées inspirées par Dieu et
rendues publiques – qui annoncent promesses de
guérison ou de bénédiction à des
personnes présentes dans l’assistance.
Une bible électronique
Créée dans les années 80 par Jean
Peterschmitt, « papa Jean » comme le surnomment ses
fans, mennonite d’origine, la Poc a pris son véritable
essor il y a une dizaine d’années. Suspectée de
dérives, elle s’est retrouvée très vite
au centre d’une vigoureuse polémique. « Le
succès de la Poc repose sur le charisme de guérison
de Jean Peterschmitt et le talent d’organisateur de son fils,
Samuel. », estime John Tressel, un baptiste américain
installé à Mulhouse.
Président de la Fédération des Eglises
évangéliques baptistes (FEEB), membre de la
Fédération protestante, Daniel L’Hermenault
fréquente lui-même la Poc et connaît bien ses
dirigeants. « Le Seigneur est bon. C’est cela la
théologie de Jean Peterschmitt. Il a un vrai don de
guérison et je ne doute pas de sa sincérité,
ni de celle de son fils ».
La Poc, une Mega Church à la française ? Par la
taille, certainement. A ses cultes et réunions de
prière, elle draine, selon des estimations fiables, entre 1
200 et 1 500 personnes, issues principalement de milieu catholique.
Petit à petit, la Poc a créé un certain nombre
de services annexes. Moindre certainement que dans les Mega
Churches américaines, mais tout de même…
Dans un petit local attenant à la salle de culte, une
« librairie chrétienne » propose ouvrages de
piété, cassettes vidéo ou audio de
prédicateurs… La Poc dispose aussi d’une petite
régie de télévision. Les cultes et les
réunions de prière sont filmés. Par la suite,
des cassettes seront éditées. Classiquement, elle
propose aussi des permanences sociales, un vestiaire… Plus
surprenant, il existe aussi à la Poc une association
sportive, avec équipe de foot à la clé !
Manifestement, la Poc vit grâce à l’implication
de nombreux bénévoles. Sur les murs de la vaste salle
de prière qui contient 1 900 places, on voit des plannings
de service. Pour le ménage, pour le parking… Il
n’y a que les cinq pasteurs, selon Samuel Peterschmitt, et
une secrétaire à être
rémunérés. « Mon salaire est de 1 300
euros par mois », affirme ce dernier qui s’est vu
confier par son père, il y a quelques années, les
rênes. « La Poc vit des offrandes de ses
fidèles. » Quelques troncs sont disposés
discrètement près de la porte d’entrée.
L’un d’eux est destiné à recueillir des
fonds pour un projet d’agrandissement des bâtiments.
Au-dessus, sur le mur, sont affichés les plans de
l’architecte.
« Ce que fait la Porte ouverte, peu d’Eglises en France
pourraient le faire », reconnaît John Tressel. Comme
chaque année, en octobre, elle a accueilli la pastorale
d’automne des pasteurs et responsables
évangéliques. Entre trois et quatre cents personnes,
au bas mot, venues de toute la France. Au printemps prochain, elles
se retrouveront à nouveau à Grenoble pour leurs
journées de formation. Ces deux sessions sont
organisées chaque année par l’Association
spirituelle et fraternelle (ASF) qui regroupe, en France, les
Eglises évangéliques de la mouvance charismatique et
pentecôtiste. Tout autour de la salle de culte, des stands
divers et variés sont installés à cette
occasion : des petits éditeurs de livres ou de cassettes, le
Comité protestant pour la défense de la
dignité humaine (CPDH), qui s’est fait connaître
pour ses positions anti-avortement, les promoteurs d’une
ambassade chrétienne à Jérusalem, des «
chrétiens sionistes », comme ils se présentent
eux-mêmes. « Les rassemblements de l’ASF sont
l’occasion de nous retrouver, de nouer des contacts »,
reconnaît Florent Rochat, responsable du CPDH. Un peu
à la manière des assises de la
Fédération protestante. Mais version
pentecôtiste et deux fois par an.
Cette année, l’invité vedette est Ted Haggard,
l’un des principaux leaders évangéliques
américains, fondateur d’une Mega Church dans le
Colorado et président, depuis 2003, de l’Association
nationale des évangéliques (NAE) qui regroupe une
cinquantaine d’Eglises aux Etats-Unis (1). Au premier rang de
l’assistance, il relit studieusement ses notes. Avant que
celui-ci n’intervienne, « Samy », en bon
animateur, a chauffé la salle. D’abord, il a
demandé à Kobia, une jeune intellectuelle
algérienne convertie au christianisme, de venir
témoigner sur scène. Car la Poc soutient des missions
d’évangélisation en Kabylie. Des pasteurs qui
œuvrent là-bas sont présents dans la salle.
Samuel Peterschmitt les fait applaudir vigoureusement. Puis il
appelle sur la scène-estrade celui qu’il
présente « comme un juif américain qui a
rencontré Jésus ». Portant barbe et d’une
corpulence honorable, celui-ci est revêtu d’une kippa
et du thalit, le châle de prière des juifs. Il les
enlève avant de monter sur scène. D’un geste
discret à la régie, il fait lancer une bande-son et
chante un hymne. En play-back ? Difficile de savoir.
Puis c’est au tour de Ted Haggard. Le matin même, il a
longuement raconté son parcours aux pasteurs et
responsables. Au cours de la réunion publique de
prière, il assure la prédication. Résolument
moderne, il a remisé au placard sa bonne vieille bible. Pour
retrouver les versets bibliques dont il a besoin pour illustrer son
propos, Ted Haggard sort de sa poche une bible sur support
électronique. La salle est bourrée à craquer.
Au moins deux mille personnes, beaucoup issues de milieux
populaires. Sur scène, le leader américain
développe une long discours politico-religieux, chantre du
libre-échange, créateur de prospérité,
selon lui, prophète du « clash des civilisations
», apôtre de la lutte contre les régimes
totalitaires, notamment musulmans… La salle écoute
sagement. Quelques-uns désertent ; de plus en plus nombreux
tandis que l’heure avance. Parmi les pasteurs
évangéliques réunis à Mulhouse, les
propos de Ted Haggard ne font pas l’unanimité et ils
l’expriment. Sans animosité, en privé…
(1). Réforme publiera la semaine prochaine une
interview exclusive de Ted Haggard. Le leader
évangélique y développe son approche
politico-religieuse.
Les « limites » du protestantisme
Qu’en est-il aujourd’hui de la
polémique suscitée par la Poc ? Une association de
victimes, l’Avipoc, est toujours active. Pour y voir clair,
la Fédération protestante de France, à
laquelle la communauté mulhousienne souhaitait
adhérer, a commandé, elle, un rapport. Des
dérives ? Philippe Levallois, responsable du service «
Evolutions religieuses et nouvelles religiosités »
à l’archevêché catholique de Strasbourg,
estime qu’il y en a eu effectivement. C’est à
lui, en effet, que se sont adressées les premières
personnes qui ont mis en cause la communauté
pentecôtiste. « C’était à
l’époque où la Poc prenait son envol »,
ajoute-t-il. Au début des années 90, donc. «
Des prêtres catholiques qui voyaient leurs ouailles partir se
plaignaient. J’étais interpellé pour donner mon
avis », explique-t-il. Toutefois, il demeure discret sur le
nombre des plaintes et leur contenu précis. « Elles
étaient d’ordre financier, affectif, fusionnel, mais
il n’y avait rien qui relevait du pénal ».
Aujourd’hui, il estime que les milieux
évangéliques ont opéré, à la
Poc, une régulation salutaire.
Un avis qui n’est pas unanimement partagé. A Mulhouse,
les responsables de l’Eglise réformée
d’Alsace et de Lorraine (ERAL) demeurent, eux, très
circonspects et sont toujours opposés à une
entrée de la Poc à la FPF. « Il y a plusieurs
choses qui me dérangent, explique ainsi Michel Cordier,
pasteur de la paroisse Saint-Étienne, en centre-ville. En
premier lieu, c’est le côté religion-spectacle.
Puis, il y a aussi ce recours en permanence aux signes. En fait, il
faut attendre pour voir comment la Poc va évoluer. Va-t-elle
constituer une véritable Eglise chrétienne ? Ou bien
devenir un groupe dissident, à la manière des Mormons
? »
« Je ne me situe pas par rapport à la Poc mais par
rapport à la Fédération protestante de France,
plaide, pour sa part, Philippe Aubert, président du
Consistoire de l’ERAL de Mulhouse. Je veux bien admettre une
certaine souplesse. Mais où place-t-on la limite de ce qui
est protestant et de ce qui ne l’est pas ? Je pense que cela
pourrait être un débat interne au protestantisme
français. »
Dossier - La « Porte ouverte » à Mulhouse
http://www.reforme.net/archive2/article.php?num=3099&ref=155 |
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pasitera
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Ce papier a été motivé par la publication
de photos des églises Charisma et Paris Centre
Chrétien par Sébastien Fath sur son blog. Ce sont ici quelques remarques qui se
veulent juste un essai de discussion. J’encourage par
ailleurs les lecteurs à lire l’ouvrage de
Sébastien Fath: Dieu XXL: la révolution des
megachurches
ci-contre: la Yoido Full Gospel Church
de Seoul (une des plus grandes megachurch au monde avec plus de 700
000 membres) en couverture de l’ouvrage d’Allan
Anderson An introduction to
Pentecostalism (Cambridge University Press,
2004).
Les recherches portant sur les communautés
évangéliques et pentecôtistes sont
marquées par un certain succès du thème des
mégachurches, ces lieux de culte rassemblant plus de 2000
personnes. On parle même de “gigachurch” quand on
dépasse les 10 000 fidèles. Ce thème a
été popularisé récemment en France par
l’excellent ouvrage de Sébastien Fath, Dieu XXL: la révolution des
megachurches, paru aux Editions Autrement. Un coup
d’oeil à la bibliographie de ce livre à
l’usage aussi bien des chercheurs que du grand public montre
que le thème est maintenant ancien aux Etats-Unis où
la question des relations entre la pratique religieuse et les
espaces de la pratique est bien connue.
Il me semble que la mégachurch illustre parfaitement ce
que les géographes désignent sous le terme
d’objet
géographique Dans le Dictionnaire de
Géographie et de l’espace des sociétés,
le géographe Michel Lussault (professeur à
l’Ecole Normale Supérieure Lettres et Sciences
Humaines à Lyon) a rédigé une petite notice
fort utile. Il définit ainsi l’objet
géographique comme “un construit cognitif permettant
d’appréhender un phénomène
spatial”. La définition a le mérite de la
concision mais demande d’être éclaircie. En
fait, Lussault se situe dans le cadre d’une démarche
constructiviste dans laquelle “on postule que l’on ne
peut pas accéder aux réalités
sociétales, car celles-ci ne constituent pas des
données, existant indépendamment de la saisie
qui en est faite par celui qui entend rendre le monde
intelligible”. Pour le dire simplement: “les faits sont
faits”. Dans le cadre d’une analyse des
éléments spatiaux de la société,
l’observateur passe par un ensemble de constructions
cognitives qui sont autant de filtres. Nous en faisons tous
l’expérience lorsque nous voyagons. Face à des
espaces inconnus, nous essayons de les déchiffrer
à partir d’éléments connus. Plus
généralement notre rapport au monde est sans cesse
médiatisé par des catégories et des
schèmes connus construits (d’où ce terme
de constructivisme pour qualifier cette
démarche).
Dans le cadre des analyses sur les lieux de culte et plus
largement sur les dimensions spatiales de la religion, la
mégachurch est ainsi devenue une sorte d’objet
géographique au sens où on en a dégagée
quelques traits caractéristiques (taille, types
d’activités proposées, localisation dans
l’espace urbain…) et que face à un lieu de
culte on sera en mesure de qualifier ce dernier comme
mégachurch. Ici l’objet géographique
s’apparente à un modèle abstrait qu’on
applique dans la réalité. Mais l’objet
géographique va plus loin: il constitue également une
sorte de figure au sens où il témoigne d’un
état d’une culture à un moment
donné. Ainsi la mégachurch illustre parfaitement
(j’aime le verbe “epitomize” en anglais qui
traduit cette idée) l’ensemble des transformations
affectant les pratiques religieuses: il en devient la traduction
matérielle et spatiale. La mégachurch renvoie
à la figure du centre commercial (le mall) de la religion,
au gigantisme, à la professionnalisation de l’offre
religieuse, à la multiplication des services non religieux
dans l’église (salle de sport, garderie,
cafétéria…).
L’objet géographique permet donc de rendre visible
des idées abstraites. C’est ici que réside sa
force. il se fonde au départ sur des lieux et des espaces
réels avant de constituer un objet transposable à
d’autres lieux et espaces.
Dans le cas des megachurches la plus célèbre est
sans doute la Willow Creek
Church dans la banlieue de Chicago. Sébastien
Fath y fait d’ailleurs longuement référence
dans son ouvrage. Cette église créée en 1975
(le premier service eut lieu très exactement le 12 octobre
1975) est devenue fameuse dans le monde entier, notamment parce
qu’elle a renouvelée profondément
l’articulation entre l’église et la
communauté (influence de Gilbert Bilezikian, professeur en
Etudes bibliques au Trinity College de Deerfield
(Illinois). La Willow Creek Church est devenue l’exemple
préféré des auteurs traitant des
transformations religieuses aux Etats-Unis (Sargeant, 2000;
Twitchell, 2004; Hoover, 2005). Ce qui est
particulièrement intéressant c’est la relation
entre le type d’évangélisme et les dispositifs
spatiaux qui l’accompagnent. Nous retrouvons ici
l’idée que le lieu de culte dit quelque chose de la
communauté qui l’habite (je renvoie ici à
l’article d’Isabelle Grellier dans l’ouvrage
La recomposition
des protestantismes en Europe latine aux
Editions Labor et Fides). Une idée similaire est
développée par l’historienne Jeanne Hilgren
Kilde (2002) dans un ouvrage passionnant consacré aux
transformations architecturales des églises
évangéliques aux Etats-Unis au cours du 19ème.
Elle montre très bien comment les transformations
théologiques et ecclésiologiques s’accompagnent
de transformations concernant les lieux de culte. C’est le
sens de son titre When church
became theatre. On retrouve ici une idée
essentielle en géographie: les lieux dans lesquelles se
déroulent les manifestations sociales ne sont pas anodins et
ne doivent pas être laisseés de côté sous
prétexte que l’espace ne serait qu’un
décor.
Mais attention si on peut dire quelque chose d’une
communauté à partir de son lieu de culte, des
configurations spatiales semblables peuvent abriter des
réalités sociales différentes. Il faut donc se
garder de tout déterminisme spatial. Le risque est que
l’objet géographique impose des connotations à
des réalités fort différentes les unes des
autres au point qu’on caractérise un lieu ou en espace
au moyen de cet objet ou cette figure en en estompant ainsi les
particularités. Nous voyons comment un objet
géographique apparu dans un certain contexte finit par
transcender ce dernier. Dans des photos publiés sur son
blog Sébastien Fath rend compte de ses visites à deux
grands lieux de culte de Seine Saint Denis, Charisma et Paris
Centre Chrétien, deux églises
néo-pentecôtistes (même s’il y aurait de
quoi discuter sur ce point). Le choix de ces deux églises
est fort judicieux car toutes deux témoignent bien
d’une nouvelle forme de communautés
évangéliques fondées par des
personnalités fortes et rassemblant plusieurs centaines de
personnes. Ces deux églises témoignent
également d’un élément très
important: la difficulté des communautés à
trouver des locaux fonctionnels et suffisamment spacieux à
une distance décente de Paris. En effet Charisma et Paris
Centre Chrétien sont installées dans d’anciens
locaux industriels et sont à la recherche de locaux plus
adaptés et plus vastes. D’un point de vue
géographique on retrouve des éléments
constitutifs de la megachurch dans les deux cas, en particulier en
ce qui concerne la localisation dans l’espace urbain,
c’est à dire en périphérie, dans un
environnement urbain traditionnellement
peu enclin à recevoir des activités
religieuses. Néanmoins il y a également des manques.
Un des éléments constitutifs de la megachurch me
semble être le bâtiment construit par la
communauté et clairement identifié dans
l’espace urbain en tant que tel. La megachurch est
également un geste architectural envoyé à
l’extérieur. Cela ne signifie pas que le
bâtiment offre nécessairement des
éléments architecturaux renvoyant à
l’église traditionnelle (croix, clocher,
vitraux…), mais plutôt que le lieu de culte indique
clairement le rôle de la communauté dans
l’espace urbain et donc dans la société.
C’est sans doute pour cette raison que le terme de megachurch
(tout comme le mot église) renvoie autant au bâtiment
qu’à une communauté.
Lors de mon séjour à
Montréal, quand je parlais de l’église Nouvelle
Vie (photo ci-contre prise par votre serviteur lors de “la
conférence pour pasteurs et leaders francophones” en
mai 2008) de Longueil (rive sud de l’Ile de Montréal)
à des Montréalais, ces derniers me parlaient
systématiquement du bâtiment qui ressemble à un
grand magasin. Peut-être mes interlocuteurs
s’arrêtaient-ils à cette dimension spatiale car
ce type de lieu de culte est très marginal à
Montréal où les assemblées
évangéliques sont plutôt de petite taille et
que, pour un Américain, ce type de bâtiment ne serait
pas vraiment remarqué. Pourtant il me semble qu’il y a
là une hypothèse à creuser.
C’est essentiellement pour cette raison que Charisma
et Paris Centre Chrétien me semble être davantage de
grosses communautés désireuse de se muer en
mégachurch, notamment par l’accession à de
nouveaux locaux. Il s’agit juste d’une hypothèse
et pas du tout d’une affirmation, Sébastien Fath
connaît d’ailleurs le sujet bien mieux que moi.
Posted by Fred under réflexion
http://geographie-religions.com/blog/?p=95#more-95
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Le mouvement œcuménique par lequel les Eglises
recherchent leur unité visible est né au début
du XX° siècle. On en soulignera trois aspects :
•
la naissance, jusqu'à la création du Conseil
œcuménique des Eglises
•
les acquis du XX° siècle
•
les défis pour l'avenir.
Les acquis du mouvement œcuménique au XX°
siècle
Après l'enthousiasme suscité par l'entrée
de l'Eglise catholique dans le mouvement
oecuménique au
Concile
Vatican II (décret
Unitatis redintegratio, en 1964), on a rapidement parlé
de « stagnation ». D'abord parce que l'Eglise
catholique renonça à entrer dans le Conseil
oecuménique des Eglises, puis parce que les
résultats des premiers dialogues, notamment sur l'
eucharistie, n'aboutirent pas à l'unité visible
que l'on pensait « à portée de main ».
Sans oublier que le principal acquis d'un siècle d'
oecuménisme est bien la « fraternité
retrouvée » (Jean-Paul II) entre les baptisés,
essayons de préciser les acquis et les limites dans les
quatre courants qui ont porté le mouvement
oecuménisme depuis le début du XX°
siècle.
La mission
La question de l'évangélisation est sans doute le
domaine où l'urgence de l'unité se fait le plus
sentir. Des initiatives de terrain comme des «
évangélisations de rue » dans la mouvance
charismatique, des « expo-bible » ou des lectures
continues de la
Bible interconfessionnelles prolongeant les efforts de
coopération pour des traductions
oecuméniques, comme la TOB, se multiplient. De
même, les
aumôneries dans les hôpitaux ou des
établissements scolaires. Cependant, les Eglises
apparaissent souvent en concurrence, qu'il s'agisse des relations
entre l'Eglise catholique et les pentecôtistes
d'Amérique latine ou celles de l'Eglise catholique et de
l'Eglise
orthodoxe dans l'ex-union soviétique.
De très nombreux dialogues ont porté depuis quarante
ans sur la question du prosélytisme, tant au niveau
multilatéral que bilatéral. Ils manifestent la
persistance de différences de conception sur ce qu'est un
« chrétien », sur l'appartenance à
l'Eglise et sur l'importance à accorder à la
conversion au Christ et à l'engagement social avec les
hommes de bonne volonté. Il est que, depuis le milieu des
années 60, il existe deux séries concurrentes de
congrès missionnaires : celle du COE (dont la dernière conférence a eu lieu
à Athènes en 2005) et celle de la
mouvance évangélique organisée par le
Comité de Lausanne pour l'évangélisation du
monde (mis en place à la suite du Congrès
organisé par Billy Graham en 1974).
Service d'Église qui assure une présence
chrétienne dans un ensemble.
L'Ancien et le Nouveau Testament, avant et depuis
Jésus-Christ.
Réunion de l'ensemble des évêques.
Louange, action de grâce rendue à Dieu.
Qui est universel.
Mouvement visant à rassembler les Eglises
chrétiennes.
Enseignement conforme à la doctrine contenue dans la
révélation.
Concile oecuménique ouvert par le pape Jean XXIII qui
réunit à Rome tous les évêques du monde
Christianisme pratique
La nécessité de l'engagement pour la Justice, la
Paix et la sauvegarde de la Création, rappelée lors
de la 6° assemblée du COE à Vancouver en 1983, a
été au cœur des rassemblements
œcuméniques qui ont suivi :
• en Europe (Bâle en 1989 et Sibiu en 2007)
• dans le monde (Séoul en 1990 et Porto Alegre en 2006)
Depuis fort longtemps, cet engagement mobilise des chrétiens
de toutes confessions sur le terrain au sein de nombreux
réseaux interconfessionnels. Certains nés à la
veille de la seconde Guerre mondiale comme le Comité
intermouvements auprès des évacués (CIMADE)
sur les questions de protection des réfugiés et
migrants ; d'autres plus récents comme l'Action des
chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT), ou le
Réseau environnemental chrétien européen. Avec
les problèmes de santé (VIH-Sida notamment) et le
dialogue interreligieux, ces questions tiennent une large place
dans les programmes du COE. Cependant de nouveaux clivages
apparaissent sur les questions éthiques entre les
confessions et au sein de chaque grande confession.
Dialogue théologique
Les dialogues d'experts mis en place à la fin des
années 60 n'ont pas seulement permis une meilleure
connaissance mutuelle des partenaires, comme entre l'Eglise
catholique ou les membres du
COE et les pentecôtistes.
Ils ont permis aussi une convergence de leur conception du
baptême, de l'
eucharistie et des
ministères,
grâce au travail mené sur ces trois
éléments constitutifs de l'Eglise fondée par
Jésus-Christ par la Commission Foi et Constitution du COE.
En 1982, elle a présenté un important document connu
sous le nom de BEM, qui a donné lieu à de nombreux
échanges dans toutes les Eglises.
Mais l'apport le plus remarquable des dialogues théologique
est sans doute d'avoir permis un « consensus
différencié » sur des questions à
l'origine de ruptures historiques, comme la Déclaration commune sur la justification
signée par l'Eglise catholique et la
Fédération luthérienne mondiale en 1999
auxquels s'est joint le Conseil Méthodiste mondial en 2006.
Il faudrait citer auparavant la Concorde de Leuenberg de 1973 par lesquelles
luthériens, réformés et méthodistes
européens se reconnaissent « en pleine communion de
chaire et d'autel » et, dans le même sens, les
déclarations christologiques communes signée entre
l'Eglise catholique et les anciennes Eglises orientales. Par
exemple celle signée 1994 par pape Jean-paul II et le
Patriarche catholicos Mar Dinkha de l'Eglise Assyrienne de
l'Orient, dont l'Eglise catholique a reconnu en 2001 la
validité de l'anaphore d'Addai et Mari, prière
eucharistique vénérable, dans laquelle ne se trouve
pas formellement un « récit de l'institution
».
Fait entrer le nouveau baptisé dans la communauté de
l'Église.
Dialogue entre les chrétiens et les autres religions.
Louange, action de grâce rendue à Dieu.
Bienveillance de Dieu pour les hommes.
Service confié à un membre de l'Eglise.
Spiritualité
- la
semaine de prière pour l'unité, rassemble
depuis 100 ans des chrétiens du 18 au 25 janvier
-
la Journée de prière des femmes a
été lancée en 1927. Son origine remonte
à la fin du XIX° siècle. Chaque année, le
premier vendredi du mois de mars, les chrétiens du monde
entier sont invités à prier sur un thème
préparé par un comité national.
- la Journée de la Création, entre le 1°
septembre et le deuxième dimanche d'octobre, à
l'initiative du patriarche Dimitrios de Constantinople en 1989
-
la journée internationale de prière pour la
Paix a lieu le 21 septembre, depuis 2004, à
l'initiative du secrétaire général du COE en
lien avec la résolution de l'ONU
- le
cycle annuel de prière proposé par le
COE, et des recherches autour d'un martyrologe commun,
idée lancée par le COE et le pape Jean-Paul II
(n° 37 de la lettre apostolique tertio Millenio Adveniente en
1994), qui a été reprise par la communauté de
Bose (Témoins de Dieu. Martyrologe universel. 365 jours pour
prier avec les saints. Paris, Bayard, 2005)
Dans son Manuel d'œcuménisme spirituel (2007), le
cardinal Kasper a recensé les lieux où les
chrétiens pourraient aller plus loin dans leur
coopération. Il s'agit de développer «
l'échange de dons » entre les Eglises, selon une
image chère à Jean-Paul II (encyclique Ut unum sint
n° 28, 35, 56-57 et 87), indissociable de la « conversion
des Eglises », à laquelle invitait le groupe des
Dombes dans un important ouvrage publié en 1991.
Mais le
baptême ne fait pas encore l'objet d'une reconnaissance
mutuelle entre toutes les Eglises, qui articulent
différemment la profession de foi personnelle, le
rite, et l'insertion dans la communauté du
néophyte. Des progrès semblent toutefois se
dessiner, comme le montre le
document entre la Communion d'Eglises protestantes d'Europe et la
Fédération baptiste européenne : «
le début de la vie chrétienne et la nature de
l'Eglise » (2004).
L'hospitalité
eucharistique, pour laquelle l'Eglise catholique et surtout
les Eglises orientales ont une discipline beaucoup plus
restrictives que les Eglises issues de la Réforme du
XVI° siècle, demeure un facteur de crispation des
relations locales.
La question d'une
date commune de Pâques n'est toujours pas
résolue.
Depuis une dizaine d'années, la possibilité
même pour les chrétiens de prier ensemble a fait
l'objet de débats dans le cadre du COE (cf. le
document « So we believe, so we pray : Towards koinonia in
worship» de 1994) notamment à l'initiative des
Eglises
orthodoxes qui avaient émis des
réserves sur certaines formes de célébration
commune.
http://www.eglise.catholique.frl
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Calvin
Image un peu brouillée de
Calvin :
- dans la culture actuelle, slogans
rapidement lancés par Max Weber : L'Éthique
protestante et l'esprit du capitalisme (publiés en 1904 et
en 1905). La théorie de la prédestination chez Calvin
serait à l'origine du capitalisme moderne. Chaunu
interprète aussi Calvin à l'intérieur de sa
théorie globale du monde plein, de temps à autre il
faut que le monde se brise pour ne pas étouffer…
- à Dijon, juste à
côté du Temple, il y a une rue Michel Servet ! Image
de Genève sinistre, mise au pas par Calvin, qui n'a rien
à envier à l'inquisition catholique. Quel
intérêt de devenir calviniste si c'est pour y
retrouver ce qu'il y a de pire dans le catholicisme ?
- du point de vue de la théologie
catholique des ministères, les intégristes reprochent
à Vatican II d'avoir repris la doctrine calviniste des
trois "fonctions" du Christ (prêtre, prophète, roi).
En fait, à Genève, Calvin a mis en œuvre une
ecclésiologie originale, avec les quatre pôles
(pasteurs, docteurs, anciens, diacres). Luther s'est très
peu intéressé à l'organisation de l'Eglise,
pour se concentrer sur la doctrine du salut. On peut du coup
retrouver dans le luthéranisme des formes institutionnelles
proches du catholicisme. Calvin donne une figure institutionnelle
très forte à la Réforme, à la fois par
rapport au catholicisme et par rapport au pouvoir politique. A la
différence de Luther, il ne s'en remet pas au magistrat
pour organiser l'Eglise. Calvin est la deuxième
génération de la Réforme, on passe de la
sotériologie à l'ecclésiologie, on va donc
droit au choc frontal de Trente, Eglise contre Eglise, vraie Eglise
contre fausse Eglise.
Pour clarifier de mon point de vue
catholique l'image de Calvin, je propose de le comparer avec Saint
Thomas, comparaison qui réserve quelques surprises.
- A. Lien entre expérience
intérieure et expression institutionnelle.
en commun, avoir fait bifurquer leur
trajectoire, en particulier par rapport à l'héritage
familial. Ils ont ressenti une exigence intérieure qui ne
correspondait pas immédiatement avec ce que leur milieu
religieux rendait possible. Besoin irrépressible de
"nouveauté", de ne pas simplement accomplir une trajectoire
prédéterminée
- entrée de Thomas chez les
dominicains en
- "conversion" de Calvin en .
Différence :
* Thomas a pu trouver à
l'intérieur de l'Eglise catholique cette nouveauté
dont il avait besoin, la toute récente fondation des
dominicains lui a permis de faire aboutir son inquiétude
religieuse. La vie bénédictine ne permet pas de
répondre à ses interrogations (il demande toujours
"quid sit Deus"), mais il ressent une harmonie entre son
inquiétude et le mode de vie dominicain, en particulier par
son recentrage sur la pauvreté (ordre mendiant).
* Calvin a ressenti que son
inquiétude le conduisait au point de séparation entre
l'Eglise catholique et l'Evangile. Conviction progressive que
l'Eglise catholique ne peut plus être réformée
de l'intérieur, parce que la "papisterie" a remplacé
l'Evangile par des inventions purement humaines. Mais il faut
tracer la route non seulement contre ce remplacement de l'Evangile
par la papisterie, mais contre la tendance des anabaptistes
à remplacer l'Evangile par l'expérience
subjective.
- B. Primat de l'Ecriture et de son
intelligibilité, de sa "vérité"
Thomas et Calvin sont tous les deux des
commentateurs acharnée, infatigables de l'Ecriture. Le gros
de leurs travaux sont constitués par leurs commentaires
scripturaires, il faut mettre cela en relief avant de comparer
leurs œuvres proprement systématiques. Les Ecritures
sont au centre de leur vie, à la fois intérieurement
et institutionnellement. Ils sont en recherche de
l'intelligibilité des Ecritures : leur autorité ne
leur vient pas d'abord de ce qu'elles sont garanties
extérieurement par une institution, mais de ce qu'elles
sont intelligibles, elles s'adressent à la liberté,
à la conscience du croyant.
Il faut donc mettre en forme de deux
façon cette intelligibilité : par les commentaires
cursifs d'une part, qui suivent le texte verset par verset; par
les Somme systématiques, qui organisent les sources
scripturaires en suivant un ordre logique.
Différences :
a) le lieu de la prédication : l'université et la
cité
Thomas est d'abord un universitaire, qui
commente les Ecritures à l'intérieur de
l'université, avec le souci d'harmoniser les Ecritures
avec les questions de son époque, questions sur l'origine
du monde, la liberté humaine, l'organisation de la
société. Thomas prêche aussi, mais toujours
à l'intérieur de l'enceinte universitaire. Au moyen
âge cette enceinte n'a rien d'aseptisé et de calme,
il y a des conflits violents sur la relation foi/savoir et la
question de la liberté. C'est aussi le moment où
l'Europe se construit à travers le réseau
d'universités qui contribuera plus tard aussi à
l'expansion de la Réforme protestante.
Calvin est un prédicateur, qui
commente à une époque où le commentaire a
immédiatement une signification politique et pas seulement
religieuse. La prédication de Calvin a pour horizon la
construction à Genève d'une Eglise que Calvin
considère comme choisie par Dieu, prédestinée
pour redonner à l'Evangile toute la force initiale de sa
vérité originaire. Il s'agit de transformer
Genève en cité apte à permettre à
l'Evangile de déployer toute cette force initiale. Calvin
ne se considère pas comme un homme politique, il respecte
l'autonomie politique de la cité de Genève, mais il
est conscient de l'impact politique de sa prédication.
C'est dans la cité et pas seulement dans
l'université qu'il prêche. Il faut donc transformer
la prédication en action et pas seulement en
enseignement
b) la méthode de la
prédication : pluralité des sens et méthode
dialectique
* Thomas explore l'intellibilité
des Ecritures en déployant une diversité des sens. Il
se rattache consciemment à la méthode juive et
patristique des quatre sens. Pas de sens unique, mais toujours au
moins quatre sens possibles, littéral, allégorique,
moral, eschatologique. L'interprétation thomiste est
toujours dans le pluriel, la richesse des Ecritures vient de cette
résonance.
* Calvin cherche toujours à fixer
le sens. Cette nécessité de fixer LE sens vient du
double combat déjà mentionné : il faut
arracher les Ecritures à la fois aux rajouts papistes et aux
rêveries anabaptistes. D'où l'importance de la
méthode dialectique pour fixer le sens. La méthode
dialectique maximalise les oppositions, dans la ligne ouverte par
saint Paul : là où le péché a
abondé, la grâce surabonde, là où la
justice de Dieu exige l'anéantissement du pécheur,
sa miséricorde justifie, la gloire du Christ est
l'humiliation suprême de la croix,… Calvin
interprète toutes les Ecritures à partir de cette loi
dialectique, qui n'est pas une manière parmi d'autres de
les comprendre, mais la méthode absolue, celle qui permet de
déterminer le sens central qui commande tous les autres.
-C. Nécessité d'une mise
en forme systématique des Ecritures : la Somme de
théologie et l'Institution de la religion
chrétienne.
a) nécessité d'un nouvel
instrument pour penser et transmettre la foi
Thomas et Calvin sont conscients de
l'insuffisance, de l'inadéquation des instruments
pédagogiques disponibles à leur époque, et se
lancent tous deux dans des entreprises originales.
- la Somme de théologie cherche
à donner aux étudiants une construction
théologique récapitulant organiquement l'ensemble
des questions à la fois rationnelles et théologiques.
Ne plus simplement suivre l'ordre des récits scripturaires
ou des disputes qui viennent un peu n'importe comment, mais
confronter systématiquement les questions issues de la
raison et les données transmises par la
Révélation. C'est la grande œuvre de toute la
vie de saint Thomas, qu'il construit patiemment année
après année.
- l'Institution de la religion
chrétienne est elle aussi une Somme, c'est même la
première écrite à la fois en français
et en latin. Son titre exact "… Summa pietatis"
Il faut donner tout son sens au terme
'institution' : promotion, restitution, constitution. Il faut
organiser pas seulement une première approche
catéchétique, mais donner une construction dogmatique
parfaitement cohérente, qui permette de libérer
l'Ecriture de sa double récupération catholique et
anabaptiste.
a) sortir de la patristique
Thomas et Calvin sont profondément
occidentaux dans leur manière de se situer face à la
fin de la patristique. Ils vont jusqu'au bout l'un et l'autre
d'un clivage entre Orient et Occident.
Cf. image du poumon chez JP II ("on ne
peut pas respirer en chrétien, je dirai plus, en catholique,
avec un seul poumon; il faut avoir deux poumons,
c'est-à-dire oriental et occidental." Discours aux
représentants des autres confessions chrétiennes,
Paris, Samedi, 31 mai 1980). Non seulement il y a dissociation
entre poumon oriental et occidental, mais blessure du poumon
occidental. L'Orient continue sur la lancée des
Pères, l'Occident se situe face aux Pères.
Thomas a conscience que la période
patristique est finie, que les Pères sont désormais
une source à intégrer, une autorité à
interpréter. Une nouvelle étape commence, qui se pose
elle-même comme "scolastique", comme exigence de
méthode et pas seulement de prédication pastorale ou
de traités ponctuels.
Calvin achève cette sortie hors de
la patristique, mais il concentre cette sortie en donnant une place
décisive à saint Augustin. Dans l'Institution, les
Pères sont cités un peu moins que l'Ecriture
(rapport 60% / 40%), mais là où Thomas cherche
à relativiser les Pères, à les
interpréter les uns par les autres, Calvin concentre tout
sur Augustin, fil conducteur, sorte de "canon dans le canon" : de
même que l'épitre aux Romains était chez
Luther le texte critère pour toutes les Ecritures, avec du
coup réduction de Romains à la justification par la
foi, de même chez Calvin, il y a compréhension des
Pères à partir d'Augustin, avec réduction
d'Augustin à la prédestination.
Différences :
a) inachèvement et fixation
- la Somme de théologie reste un
projet définitivement inachevé. Thomas n'a pas pu
terminer sa construction, pour des raisons qui restent
mystérieuses. On est face à une décision
difficile à interpréter : expérience mystique,
effondrement nerveux après l'effort soutenu, ou plus
radicalement contradiction du projet lui-même ?
(contradiction interne : impossibilité de récapituler
totalement la foi, et Thomas est trop loyal pour ne pas ressentir
cette contradiction; contradiction externe : entre ses intuitions
profondes et les constructions de son époque, Thomas ressent
progressivement un conflit allant jusqu'à la rupture)
- L'Institution a été sans
cesse reprise, augmentée, mais sa réalisation, aux
yeux de Calvin, semble fixée une fois pour toutes dès
son premier jet : il insiste sur le fait qu'il n'a jamais
varié sur aucun point dès la première
édition.
b) circularité de la Somme,
fixité de l'Institution
La Somme s'ordonne pacifiquement sur le
schéma du retour à Dieu : ce qui vient de Dieu
revient à Dieu. On peut s'interroger sur le fait que ce
schéma n'a pas pu aller jusqu'au bout puisque Thomas
interrompt la Somme.
Pour l'Institution, c'est d'abord le
schéma du point fixe, ou de la ligne droite qui
prédomine. Il faut sortir du balancement, de l'incertitude
qui fait errer de part et d'autre, des vagabondages de
l'humanisme dont Erasme est pour Calvin le représentant
(Erasme n'arrête pas de multiplier les approches, les points
de vue chatoyants). Il faut se fixer une fois pour toutes sur
l'Ecriture, qui est le chemin droit conduisant directement
à Dieu, sans détour. La vraie liberté, c'est
de pouvoir se fixer enfin dans la rectitude absolue de
l'Ecriture.
D. La doctrine de la
prédestination.
La systématicité de la Somme
de théologie et de l'Institution de la Religion
chrétienne permettent de reposer la question de la
prédestination. Les deux œuvres montrent comment la
prédestination est moins un point en soi qu'un
concentré surdéterminé par un ensemble de
points fondamentaux viennent trouver leur cohérence sur
cette doctrine. En particulier leur totale dépendance
d'Augustin sur ce point.
a) Somme de théologie :
même s'il s'attache habituellement
à remettre en perspective Augustin, sur la
prédestination Thomas le reprend sans recul, en le
durcissant même parce qu'il le reprend à
l'intérieur de sa catégorie fondamentale
nature/grâce. Le Royaume de Dieu n'est pas une fin naturelle
de l'homme, il ne lui est pas dû, mais il est totalement
gratuit. En n'accordant pas cette fin surnaturelle, Dieu ne blesse
donc pas l'homme, d'autant que l'homme, par son
péché, s'est rendu incapable de recevoir cette fin
gratuite. La prédestination normale est donc la privation du
Royaume, et c'est une double grâce que le Royaume :
grâce par rapport à la nature, grâce par rapport
à la faute. Il n'y a pas au sens strict double
prédestination selon Thomas : il y a une
prédestination à la damnation, et Dieu arrache
quelques uns à cette damnation pour montrer que sa justice
est aussi miséricorde. Mais Thomas anticipe la position de
Calvin sur le nombre déjà fixé des
prédestinés.
b) Institution de la religion
chrétienne :
- la prédestination va avec la
doctrine de la double inspiration des Ecritures : inspiration
objective des écrivains, inspiration subjective du croyant
qui reconnaît l'autorité des Ecritures. Pas besoin de
l'autorité de l'Eglise pour garantir l'autorité
des Ecritures : c'est un signe subjectif de prédestination,
d'élection que d'être capable de reconnaître
l'autorité objective des Ecritures.
Il faut donc les deux, contre les
catholiques et les anabaptistes :
-contre les catholiques :
l'autorité des Ecritures leur vient d'elles-mêmes,
et non d'une institution extérieure qui les
interpréterait infailliblement.
- contre les anabaptistes : ne pas
reconnaître l'autorité des Ecritures et mettre
à la place sa petite expérience subjective, c'est
signe de non-élection, de non-prédestination.
Corrélation entre
prédestination et reconnaissance des Ecritures : ni
objectivisme catholique, ni subjectivisme anabaptiste. Il faut se
fixer sur les Ecritures.
- Genève est
prédestinée, elle a un rôle à jouer
parce que l'Eglise de Genève a été
élue.
Conclusion :
- La comparaison entre St Thomas et Calvin
fait ressortir deux aspects :
- sur beaucoup de points, ils sont encore
dans le même monde par rapport à nous. Ils ont la
même attitude par rapport à l'hérésie,
le danger représenté par l'hérétique
pour la communauté doit l'emporter sur la
miséricorde envers les personnes. Sur la
prédestination, ils sont sur la même longueur
d'onde.
- Calvin est dans notre monde, avec
l'humanisme qui met l'inquiétude de l'homme au centre.
Chez Thomas, la théorie de la prédestination n'a
soulevé aucune polémique, alors que chez Calvin ce
point a dès le début posé un problème,
parce qu'il renvoie à une inquiétude qui marque
notre vie religieuse. Nous ne supportons plus l'idée
d'être déjà intégré à un
ordre fixé. D'où le paradoxe de Calvin : il a voulu
sortir de l'angoisse existentielle de l'incertitude, et en cela
il est très proche de nous, de notre volonté de
comprendre notre vie spirituelle et ecclésiale en fonction
de ce critère. La radicalité de sa réponse
(double prédestination) permet de poser complètement
cette question, au moment même où cette réponse
s'est transformée pour nous en nouvelle angoisse (à
quoi est bon si je suis sauvé de mon côté si
l'humanité est en tant que telle perdue ?). Calvin sort
d'une angoisse pour nous en plonger dans une autre….
Isabelle Pierron, Pasteur de l'ERF Dijon
09 01 25 - Fontaine d'Ouche , Dijon
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La Fédération protestante de France (FPF) partage avec l’Église protestante malgache en France (FPMA), membre de la FPF, son inquiétude au sujet de la grave crise que traverse Madagascar depuis deux semaines.
Communiqué de la FPF — 12 février 2009
La Fédération protestante de France (FPF) partage avec l’Église protestante malgache en France (FPMA), membre de la FPF, son inquiétude au sujet de la grave crise que traverse Madagascar depuis deux semaines. Ensemble, elles partagent la douleur des familles endeuillées et la souffrance des victimes.
La FPF et la FPMA (qui entretient des relations privilégiées avec les Églises chrétiennes de Madagascar) expriment leur solidarité avec la population de Madagascar.
La FPF et la FPMA encouragent tous ceux, et en particulier les chrétiens malgaches, qui s’engagent pour la réconciliation nationale et la justice sociale à Madagascar.
Fédération protestante de France
L’Église protestante malgache en France (sigle FPMA de son appellation en langue malgache: Fiangonana Protestanta Malagasy aty Andafy) est membre de la Fédération protestante de France depuis 2007. Cette Église, née de l’immigration malgache en France et comptant 9000 membres, fête cette année son cinquantenaire.
Contact presse : Muriel Menanteau
Service information communication Fédération protestante de France
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Tél. : 01 44 53 47 13 et 06 73 39 55 98
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Paris, 6 febroary 2009
Ry Kristiana havana,
Ry Malagasy mpiray tanindrazana,
Ho aminareo mandrakariva anie ny
fahasoavan’ny Tompo.
Mandalo fotoan-tsarotra ny firenentsika
amin’izao fotoana izao. Misy ny tsy fitovian-kevitra eo
amin’ny fitondrana ny raharaham-pirenena, izay mahatonga
romoromo eo amin’ny samy mpiara-monina.
Atahorana ny mpananararaotra sy ny mpanakorontana, tsy fantatra
izay zavatra mbola hitranga, hany ka mitebiteby ny isan-tokantrano
sy ny isam-batan’olona ny amin’izay ho ampitso.
Eo anatrehan’ny zava-mitranga dia
mampatsiahy ny herin’ny vavaka izahay ray-aman-dreny
am-panahy ato amin’ny FFKMFrantsa.
Ny vavaka no andresena ny tahotra sy ahafahana mandroso
amin’ny fihavanana marina amin’Andriamanitra sy
amin’ny olona.
Hoy ny Apostoly Paoly : Aza manahy na inona na inona fa ambarao
amin’Andriamanitra isaky izay mivavaka izay zavatra
ilainareo, ary angataho amin’ny fo feno fankasitrahana (DIEM,
Filipianina 4.6).
Hafarany koa fa adidintsika Kristiana ny mitondra amim-bavaka ny
mpitondra Fanjakana rehetra : Mivavaha ho an’ireo
filoham-pirenena sy ny manampahefana rehetra,
mba hiainantsika miadana sy mandry feizay omban’ny
firaiketam-po tanteraka amin’Andriamanitra sy ny
fitondrantena maotina. Izany no tsara sady
ankasitrahan’Andriamanitra » (DIEM, I Timoty
2.2-3).
Koa manainga sy mamporisika ny fiangonana
sy ny ny Kristiana malagasy rehetra ny FFKM-Frantsa mba hitondra
amim-bavaka ny firenentsika, na ny mpitondra izany na ny vahoaka
entina.
Amin’ny fanompoam-pivavahana any am-piangonana amin’ny
alahady izao, sy amin’ireo alahady ho avy, dia aoka
hotsaroana manokana ny firenentsika :
amin’ny alalan’ny fanaovana ranombavaka, ny hira
fangataham-pitahiana ho azy, na koa amin’ny vavaka mangina.
Azo atao koa izany any amin’ny tokantranontsika tsirairay
avy.
Fa mahery fiasa tokoa ny fivavaky ny marina (DIEM, Jakoba
5.16)
Manonona ny fiadanan’ny Tompo mba ho
aminareo tsirairay avy.
Ny ray aman-dreny am-panahy telo
mirahalahy mitondra ny FFKM-Frantsa
Rev Jean Ravalitera
Rev Philippe Toutain
Père Alphonse Zafimahakoko
Ny tonia
Nicolas
Razafindratsima |
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